mardi 9 décembre 2008

Comme quoi un petit changement...

Aujourd'hui, j'ai eu le droit à plusieurs petits moments qui m'ont fait prendre conscience d'une chose importante: ce qu'on possède finit VRAIMENT, par nous posséder.

Mon week-end avait pas mal commencé, tout se passait bien, jusqu'à ce que mon blackberry (oui, je suis cool, j'ai un blackberry), décide de se suicider. Comment? me direz-vous. Non, pas en sautant de mon égo. Pas non plus en se laissant tomber du haut de la colonne de Pin que l'on se plaît à exhiber comme le nombre de nos "amis" facebook. Oui je mets amis entre guillemets. Combien des personnes que vous avez sur facebook sont vos vrais amis? Combien sont des personnes qui vont ont rajoutées pour des raisons que vous ignorez? Combien sont des personnes que vous avez rajoutées sans les connaître pour des raisons que vous n'ignorez pas? Combien sont des plans culs? Ou des plans culs en puissance? (Oui je vous vois derrière vos écrans, à errer sur le facebook chat, en vous disant "de toute façon, je la saute quand je veux"). Mais ce jour arrive rarement. BREF. Mon ami blackberry décide donc de se suicider. Il n'accepte plus d'être branché au chargeur, refuse la charge, ne veut plus regonfler ses batteries. Incapable de participer à une euthanasie quelle qu'elle soit, je décide de voir comment le réparer. J'apprends que les blackberrys, comme tous les objets qu'on nous vend dans notre chère petite société de consommation, ont une durée de vie presque prédéfinie, pour pousser au changement. (Mais oui, pensez à votre ipod, qui vous avait couté un bras, et qui avait rendu l'âme pour une raison inconnue un an et demi après, comme par hasard au moment où l' « apple care » était périmé). Je me résous donc à simuler un scandale chez Orange, et parviens à me faire envoyer un nouveau téléphone, le même, mais neuf (oui, il s'agit d'un échange "standard", sûrement l'un des mots les moins sexy, les plus neutres qui soit. Quand il ne s'agit pas de nous vendre un truc on parle de standard pour nous enlever tout plaisir. Si l'on avait dépensé un peu d'argent on nous aurait parlé d' "offre", beaucoup plus agréable). MAIS, car oui il y'a un mais, le téléphone devait être livré le lendemain chez moi, je me devrais donc de vivre pendant approximativement 3h sans portable, mes cours ayant lieu à peu près à l'heure où l'échange "STANDARD" devait avoir lieu... C'est là que ma nouvelle journée commence.

J'arrive devant ma classe à 11h, persuadé d'être pile à l'heure. Malheureusement, même après 3 mois de cours, je suis incapable de me rappeler de mon emploi du temps, enregistré dans mon téléphone. Je me rend donc compte, 25 minutes plus tard, seul dans ma classe, que j'ai en fait cours à 13h. Je décide alors d'aller me balader, en attendant mon cours. En sortant de la classe, le couloir est bondé. Une fille que je regarde depuis pas mal de temps est assise par terre, à 20m de moi, et me voit m'engager dans le couloir. Je sens le test, l'épreuve. Avoir l'air cool à tout prix. Surtout avoir l'air cool. Je cherche dans ma poche mon téléphone, je pourrais simuler l'arrivée d'un texto, ou ne serait ce que regarder l'écran pour ne pas passer les bras ballants devant elle. Malheureusement, je réalise que ma poche est vide. Rien à me mettre dans la main, pour paraître décontracté. Je dois gérer toute ma démarche sans le secours d'un objet extérieur. Je me rends compte que c'est extrêmement compliqué. Première notion: nous avons un mal fou à nous déplacer sans avoir un truc dans la main, ou les mains dans les poches.

Il me reste environ 1h30 avant le début de mon cours. J'ai un peu de boulot, quelques coups de fils à passer, je décide d'aller m'asseoir à coté de la fontaine, avant de réaliser, encore une fois, que je n'ai pas mon téléphone, et pas la motivation pour travailler. Il se passe alors quelque chose d'étrange, qui ne m'était pas arrivé depuis longtemps: je regarde autour de moi. Je regarde SIMPLEMENT autour de moi. Sans être à la recherche de quoi que ce soit. J'attrape des bribes de conversations que je laisse s'en aller, j'écoute l'eau de la fontaine, les trois pigeons qui essayent de faire un bruit d'oiseau à peu près normal, en vain. Vous seriez sûrement surpris de voir comme c'est une chose que l'on a pas l'habitude de faire. S'arrêter, juste regarder autour, le ciel, les arbres, les gens, sans les juger. J'ai comme marqué une pause dans ce qui fait notre société. Plus de technologies pour me couper du reste du monde: ni musique ni téléphone, plus d'éléments pour me remettre à ma place d'être social qui se doit d'être envieux/jaloux/ ou indifférent des autres. Je suis juste là. Et c'est agréable. Trois vieilles dames passent à coté de moi, s'arrêtent comme si elles ne me voyaient pas, et racontent leur sortie de la veille. A les entendre, leur soirée était aussi hype qu'un concert d'Erol Alkan à l'Area. Il s'agissait en fait d'un petit goûter chez leur copine Simone, avec toute leur copines d'enfance (imaginez les liens, 75 ans d'amitié, il doit y avoir des gros dossiers). Je respire. Le temps passe vite.

Après mon cours, je finis par retourner chez moi, et retrouve Blackberry. Il a l'air d'aller pas mal, mieux que l'autre. Réjouis, je pars lui raconter deux trois trucs et lui présenter quelques potes avec un grosse synchronisation, ou "one way synch", parce que même pour parler de synchronisation, on nous parle anglais, c'est plus "cool". Puis je décide de voir ce qui se passe sur facebook.

Whaouw: 11 inbox. Cela suffit pour certains à passer une bonne journée. J'aurais du faire partie de ceux-là. Je décide de répondre au premier. Puis au second. Puis au troisième. Mr facebook me prévient: "slow down, or you'll hit a block", en gros calmos ou je te démonte. Ce à quoi je répond: "que de la gueule". Puis, au 10e message, ma session se déconnecte toute seule. Après une petite insulte (genre "ta race") à mon computer (prononcer "computaire"), j'essaye de me reconnecter. Et là, c'est le drame.

"Votre compte à été désactivé par l'administrateur". Autrement dit, j'ai plus rien. Plus de contacts, de potes à revendre sur friend for sale, plus snowballs à thrower à la gueule de je ne sais qui, plus de poke pour montrer à une fille que je la trouve bonne sans oser l'écrire. Plus de tagg sur les photos toujours plus moches de soirées, où chacun se détagg systématiquement. Plus de balade dans les albums photos des gens qu'on à vu deux fois. Plus personne pour m'adder as a friend, ou pour essayer de m'assassiner dans une guerre des gangs. J'ai l'impression de mourir un peu. Ma vie facebook vient de s'achever. Ma vie de recommencer.

La moindre panne de blackberry, le moindre problème de connexion sur facebook, et on s'énerve avec l'impression que "tout" déconne, que "tout" va mal. Redescendons les mecs, ca reste un téléphone et un ordinateur. Et après la jolie journée que j'ai finalement passée, je vous promets qu'on apprend plus et profite plus en regardant autour de nous assis sur le bord d'une fontaine, qu'en regardant à qui appartient la main posée sur la fesse de Sarah sur la photo 719 de l'album "me, myself and I" de Paul.

(Il s'agit de la main de Tim. Fourbe, le Tim)

1 commentaire:

Eva a dit…

Tellement d'accord avec toi.
Ta petite histoire prouve qu'il faut se souvenir qu'avant l'invention des blackberry, iphone, facebook, msn et autres tam tam, tatoo etc.. nous avions une vie simple avec des lettres sur papier et des paroles en face à face...